Les morceaux

La pluie. Les gouttes. Le vent. Du fauteuil dans lequel elle était confortablement installée, Vicki regardait la pluie se déverser au dehors, fenêtre ouverte malgré la fraicheur de la fin d’automne. Elle avait besoin d’air. Le vent fouettait sauvagement les arbres qui tapaient les fenêtres du quartier du bout de leurs branches. Un temps d’orage, pensa-t-elle. Ce n’est que lorsque les papiers posés sur le bureau se mirent à voler dans l’appartement que Vicki se leva pour fermer la fenêtre. Elle garda sa main sur la poignée et posa son front contre la vitre froide. Elle soupira, créant une petite buée. Elle détestait attendre. Elle n’avait absolument aucune patience. Elle retourna s’assoir, les yeux toujours rivés sur la pluie. Elle soupira de nouveau. Elle tripota son téléphone portable d’une main, sans le regarder.Girl Power 2 Il n’oserait pas. « Mais que fait-il bon sang?« . Soudain, elle entendit la porte de l’immeuble se refermer. C’était sûrement lui. Il avait encore les clefs et il était le seul à claquer cette pauvre porte de manière si brutale. Elle regarda l’heure sur son téléphone: 15:33. Elle se leva du fauteuil et passa ses mains sur ses vêtements pour les défroisser de sa position assise, puis se passe une main dans les cheveux. Elle se colla devant la porte de l’entrée. Elle l’entendait monter les escaliers. Ses pas semblaient rythmer les battements de son cœur. Merde, elle avait besoin de pisser. Encore. Son corps se crispa. Tant pis, elle irait plus tard. Ce n’était que du stress. Elle retint sa respiration lorsqu’il s’arrêta devant la porte. Elle sentait sa présence malgré le silence pesant qui régnait. Elle attendit quelques secondes, l’oreille contre la porte. Rien. Pas un bruit. Et si ce n’était pas lui? Il n’y avait pas de judas sur la porte. La main sur la poignée, elle hésitait à ouvrir. Elle se mordillait la langue comme elle le faisait à chaque fois qu’elle devait prendre une décision qui l’embêtait. « Et puis merde« , elle ouvrit. Son cœur battait encore plus fort à présent qu’elle observait cet homme avec qui elle avait passé ces cinq dernières années. Elle ne le reconnaissait plus. Non pas que sa barbe de trois jours -qu’il rase normalement- fasse une différence. Ni ses cernes creusés. Et son teint pâle, qui tirait plus sur le jaune et le gris que sur le blanc. Non. C’était son regard qui avait changé. Le regard qu’il lui portait. Elle voulut dire quelque chose mais, plus intimidée qu’elle ne l’aurait cru, rien ne sortit de sa bouche.
– Je ne savais pas si je devais sonner… commença-t-il en baissant les yeux sur les clefs qu’il tenait dans une main.
Elle aurait voulu lui dire qu’il était toujours chez lui. Que ça n’avait pas encore tout à fait changé. Mais un son étrange sorti de sa gorge à la place. Gênée, elle lui fit signe d’entrer. Il retira son blouson trempé et ses chaussures dans l’entrée comme il avait coutume de faire. Elle se rassit dans son fauteuil tendit qu’il s’installait dans le canapé, face à elle. Il la toisait. Elle évitait son regard. Certaine de ce qu’il allait dire. Il commença avec des banalités. Oui, le boulot se passait bien. Même s’il était ennuyeux. Non, elle n’avait pas fait de rangement, elle n’avait pas eu le cœur à trier leurs affaires. Non, elle n’allait pas trop mal, il fallait bien. Il ne l’avait pas quittée des yeux.
– Tu as maigri, dit-il abruptement.
Cette phrase venue de nulle part provoqua un léger frisson chez Vicki. Qu’est-ce que ça peut lui faire? C’est lui qui a décidé de partir. Il avait perdu ce droit, ce degré d’intimité le jour où il avait claqué la porte pour « la » retrouver. Le jour où il l’avait brisée en mille morceaux. Pas uniquement son cœur, non. Tout le reste. Sa confiance en elle, en lui. Sa dignité. Sa personnalité. Elle avait eu la sensation d’avoir quitté son corps, le regardant au loin continuer sa vie de corps. Manger, dormir, travailler. Tandis que son esprit faisait le mort. D’ailleurs, Vicki ne répondit pas à sa remarque. Tout d’abord parce qu’il n’y avait rien à dire, ensuite, parce que ce n’était pas si vrai. Oui, elle parvenait à enfiler ses jeans plus facilement que d’ordinaire mais de là à dire qu’elle avait maigri… Elle s’était simplement affinée. Elle jeta un œil vers lui. Il ne la quittait toujours pas des yeux. Troublée, elle baissa le regard et s’humecta les lèvres.
– Pourquoi es-tu là? Demanda-t-elle d’une voix qu’elle aurait voulue moins tremblante.
Il parût surpris par sa question car il leva les sourcils.
– Tu sais très bien pourquoi.
– Non, c’est pour ça que je te le demande…
Ils se toisèrent.
– Je te demande pardon, souffla-t-il.
Pardon? Il lui demandait pardon? Parce qu’il pensait que ça pouvait s’oublier? Qu’il pouvait la traiter comme la dernière des connes? La petite voix dans sa tête lui hurlait les abominations qu’elle aurait voulu avoir le courage de dire. Elle se contenta de soufler « C’est trop facile ça » en se dirigeant vers la cuisine.
mirror 8Un café. Il lui fallait un café tout de suite. Les mains tremblantes, elle s’empara d’une tasse mais celle-ci glissa entre ses doigts et se fracassa au sol, se brisant en mille morceaux. Tout comme elle. Mais pourrait-elle recoller ses petits morceaux à elle… ? Incapable de bouger, elle sentait sa présence juste derrière elle. Il posa une main sur son épaule et l’écarta de la pièce afin de nettoyer les dégâts. La simple proximité de ce corps d’homme près du sien la fit frémir. Vicki retourna vers la fenêtre, le corps secoué. Le vent s’était légèrement calmé. Les arbres ne semblaient plus souffrir. Elle se sentie seule tout à coup. Comme si les arbres n’étaient plus dans son camp. Où est donc passée leur colère ? Elle se retourna. Il était là, sur le seuil de la cuisine, en train de la regarder. Comme son regard lui avait manqué. La façon dont son torse se soulevait lorsqu’il respirait. Tout de lui dégageait le sexe. Oui. Le sexe. Il était grand, sculpté. Il avait un charme fou, surtout lorsqu’il souriait avec ses fossettes qui se creusaient. Son regard n’avait jamais cessé de la troubler. Même au bout de cinq ans. Et, aujourd’hui, elle avait follement envie de lui malgré sa mine grise, ses cernes creusés et sa barbe de trois jours. Mais elle lui en voulait tant…
– Pourquoi as-tu fait ça? Chuchota-t-elle les yeux humides.
Il baissa la tête sans répondre et mis ses mains dans les poches comme un garçon pris en faute. Et quoi ? Il n’avait même pas le cran de lui faire face ? De lui expliquer ? Il pensait pouvoir juste débarquer comme ça dans sa vie pour que tout redevienne comme avant ? La blague.
– Qu’est-ce que tu veux Mark? Pourquoi as-tu voulu que l’on se voie? Tu vois bien qu’on n’est pas prêts! Je n’ai même pas encore eu le courage de trier nos affaires…
Elle s’appuya contre le rebord de la fenêtre et croisa les bras sur sa poitrine, la tête baissée elle aussi. Quelque chose de lourd semblait épaissir l’air de la pièce. Il lui semblait que son corps pesait deux tonnes, qu’on lui tirait les pieds à travers le sol.
– J’ai encore mal. Et je ne sais pas si cette douleur s’arrêtera un jour. Je ne comprends juste pas ce qu’il s’est passé.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il fonça droit sur elle et colla sa bouche contre la sienne. Tout le corps de Vicki se mit à frissonner. Son cœur allait exploser. Comme sa bouche lui avait manqué. Et son odeur. Son odeur qui la rendait dingue. Et la douceur de sa langue qu’il faisait danser avec la sienne. Elle ne le repoussa pas. Ils se déshabillèrent à une vitesse déconcertante. Il l’attrapa par la taille et la tira vers le canapé. La tête lui tournait. Allongée à sa merci, il lui retira ses chaussettes et son shorty qui semblait toujours remonter ses fesses, leur donnant une forme courbée, bombée. Elle savait que ça le rendait fou. Mais le mélange shorty orange et soutien-gorge bleu la rendait malade. Elle avait l’impression d’être une Bridget Jones! Au-dessus d’elle, il dégrafa son soutien-gorge d’une main pendant qu’il l’embrassait et lui attrapait les cuisses. Elle le senti presser son bas-ventre contre le sien. D’une main confiante, elle commença à lui baisser le caleçon et posa ses mains contre ses fesses chaudes. La chaleur, le contact de sa peau, sa respiration saccadée dans sa nuque l’enivra. Il lui retira avidement le soutien-gorge et mis ses seins en bouche. Il se pressa plus fort contre elle, se frottant. Elle baissa encore son caleçon et laissa son désir s’exprimer.mirror 5 Il ne se fit pas prier, la pénétrant avec ardeur. Ce fut le plus doux, le plus intense des ébats. À tel point qu’il dû poser sa main sur la bouche de Vicki pour l’empêcher de crier. De façon bestiale, il accéléra le rythme… puis ralenti. Accéléra encore… Puis s’arrêta pour la contempler. Il dégagea sa main de sa bouche afin d’y glisser sa langue. Ses lèvres étaient si douces malgré leur apparence froides. Il glissa une main sur l’une de ses fesses et la tint fermement contre lui. Haletante, elle sentait son bas-ventre se contracter à chacun de ses gestes, à chaque mouvement. Elle passa ses mains sur son torse parsemé de poils qui lui donnaient l’air si viril et décréta que sa barbe de trois jours lui allait parfaitement. Il se redressa, rendant la pénétration plus profonde. Elle posa une main sur sa fesse et parcouru son torse de sa langue, s’attardant sur l’un de ses tétons. Elle savait qu’il ne pourrait pas tenir plus longtemps. Elle insista bien dessus, glissant sa main dans son dos, l’autre lui agrippant toujours aussi fermement la fesse pendant qu’il accélérait le rythme. Soudainement, elle senti qu’il se gonflait en elle tandis que son corps se contractait. Puis il y a eu comme une sorte de rugissement avant qu’il ne s’écroule littéralement sur elle. Elle lui caressa les cheveux, attendant que son cœur ralentisse. Elle le sentait battre contre le sien. Lorsque sa respiration redevint normale, il se releva et la regarda. Il déplaça une mèche qui lui tombait sur le visage et l’embrassa tendrement. En la prenant dans ses bras, elle eut l’impression que rien de tout cela ne s’était produit. Comme si les deux dernières semaines n’avaient jamais existées. Pas de tromperie, pas de pleurs, pas de départ, pas de cœur brisé. Mais soudainement, la blessure réapparue. Et avec elle, les questionnements. Pourquoi? A-t-il eu plus de plaisir avec elle qu’avec moi? L’a-t-il embrassé comme il m’embrasse? L’a-t-il touché comme il me touche? Va-t-il la quitter pour se remettre avec moi? Suis-je juste un lot de consolation car ça n’a pas fonctionné avec elle? Et s’il revient, comment lui refaire confiance ? Un tourbillon qui lui donna le vertige. Mais elle refusait de laisser la nausée qui la prit avoir le dessus, souhaitant profiter de l’instant présent. Demain était un autre jour. Et pourtant, quelque chose en elle lui ordonnait de le faire déguerpir. Une sensation féroce de résurrection s’amplifia en elle. Elle se leva d’un bon et le pria de partir. Et elle ne se démonta pas devant ses yeux de chiens battus. Non. C’était décidément trop facile. Elle prit ses vêtements et les jeta dans l’entrée devant l’air ébahit du jeune homme qui ne demanda pas son reste et quitta les lieux sans rien dire. Et puis quoi encore ? Il l’avait brisé en morceaux. Morceaux dont elle n’était pas sûre de pouvoir recoller les morceaux. Pour le moment, elle avait juste réussi à les ramasser. Et, en le regardant s’éloigner par la fenêtre, elle se dit que c’était déjà ça.

 

R.Mc

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