À la recherche de Mme Caca

Pendant tout un temps, je n’osais pas répondre à la question fatidique à laquelle on n’échappe que dans de très rare cas: « que fais-tu dans la vie? ». Avant, j’entendais mon Moi et mon Moi débattre de la réponse à donner: « Je suis actuellement réceptionniste mais j’écris à côté », « je finance mes études », ou encore « je travaille dans une grosse boîte« . Ce n’est pas tant que j’avais honte du poste que j’occupais mais c’était plus simple pour contrer ce « ah ok » qui ne laisse plus de place à la conversation car l’intérêt de la personne vis-à-vis de moi disparaissait d’un coup. Comme si je venais de cracher mon chewing-gum dans mon verre de vin devant la Reine Elisabeth II au Buckingham Palace. C’est un peu caricaturé, me direz-vous, mais ça m’arrive parfois –de rencontrer des personnes superficielles, pas de cracher mon chewing-gum dans mon verre de vin- surtout avec des personnes issues de grandes études avec distinction et les trois points de suspensions qui vont avec. L’intérêt s’efface une fois que j’ai prononcé le mot « vendeuse » ou « réceptionniste », métiers issus d’une certaine catégorie de classe sociale je suppose. Peu importe que l’on soit étudiante ou non, aux yeux de ces gens, ce n’est pas suffisant. Avant, j’étais blessée, énervée, humiliée.

Aujourd’hui, lorsque l’on me pose la question, je réponds avec légèreté: « je suis réceptionniste à la recherche de Mme Caca« . Oui, oui. Certes, je suis en charge de la reception et donc de l’accueil, du dispatching des appels, de reservation diverses et variées mais mon rôle le plus important: c’est de trouver Mme Caca. Mme Caca ou la Salisseuse de Toilette. Vous l’aurez deviné, je dois trouver la coupable, celle qui ne sait pas nettoyer derrière elle, celle qui attend de moi, receptionniste disciplinée, qu’elle se casse le dos pour faire son boulot.  C’est pourquoi, je dois impérativement trouver Mme Caca, avant qu’elle ne me demande de lui essuyer le derrière…

toilettes 3

SEMAINE 1

Tout commença un sombre jour de Novembre. Une collègue passa devant moi, l’air enchantée. Nous discutions de nos histoires de cœur, du boulot. Bref, on s’est pris deux minutes de pause pour tchatcher. Elle se dirigea vers les toilettes. Je l’entends encore pousser la porte de celles-ci… Elle entre. Je fais semblant de regarder mes mails car deux personnes passèrent devant moi, me dévisageant presque. Puis, je l’entendis. Le cri. Strident. Ma collègue quitta les toilettes et accourut vers moi, les yeux pleins de rages. « Viens voir », me dit-elle. M’attendant à trouver soit un cadavre, soit un nid de fourmis, j’y allai à reculons. En entrant, elle se met à hurler: « c’est pas normal! Ce n’est pas possible! Pour qui elle se prend? Non mais merde! ». Ça, c’est le cas… De la merde, il y en avait partout. Non pas sur les murs et le sol bien sûr mais… quelques taches ici et là sur la cuvette (oui, oui!) et  dedans c’était une zone de guerre… Bon. Je fais quoi? Ma collègue me regarde, prête à dégobiller. « Je ne peux pas nettoyer ça, c’est au-dessus de mes forces ». Et combien je la comprends… Car c’est au-dessus des miennes aussi. Je ferme la porte et quitte les toilettes avant que la nausée de reprenne de plus belle. Je réfléchis. Si je laisse la porte ouverte, tout le monde sera choqué et dégouté mais en même temps la coupable pourrait revisiter son œuvre… tentant!

Le regard suppliant de ma collègue me ramène à la raison. Il faudrait que je nettoie… Ma binôme de Réception arrive et me sauve la mise en prenant son courage à deux mains pour nettoyer l’horreur… Le déjeuner va bien passer après pareille vision…

SEMAINE 2

Mme Caca a de nouveau frappé. J’essaye de comprendre sa logique, sa façon de penser mais c’est au-dessus de mes forces. Lorsque je pense à Mme Caca, je me dis qu’il faudrait en parler à ma subordonnée. Si elle se fait attraper par cette dernière, Mme Caca aura alors la chance de restée toute jolie et toilettes 2brushinguée car vu l’état dans lequel elle me met, je ne suis pas sûre de savoir rester zen. Lorsque ma binôme arrive, je sens que je lui casse le moral. Quelque chose se brise en elle, comme si je lui expliquais qu’il n’y aurait pas de Soldes cette année. Elle marche d’un pas pressé, ferme, les sourcils froncés,  vers lesdites toilettes et en ressort deux minutes plus tard. Lui ayant demandé ce qu’elle y faisait, elle me répond: « Je les ai nettoyés pardis! Mais ça ne peut plus durer, hein!« .

Après pareille humiliation, elle décide d’en parler à la manager. C’est vrai, pourquoi supporter quelque chose qui ne devrait pas être tout à fait notre soucis? Cette dernière  envoya alors un petit mail gentillet à l’équipe féminine de notre étage expliquant que nos plus gros clients –clientes en l’occurrence- utilisent ces mêmes toilettes. Ça ne peut pas être plus claires lorsqu’elle parle de nous en tant que « petites fées qui nettoient derrière » elle.  Espérons que le message soit passé…

R.Mc

 

 

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